« Qui a autorisé FIFA EA Sport à utiliser mon nom ou mon visage ? »
Zlatan IBRAHIMOVIC
Cette phrase twittĆ©e par lāattaquant suĆ©dois a mis le feu aux poudres en ce qui concerne lāimage des joueurs de football dans les jeux vidĆ©o. En effet, derriĆØre la simple apparition dāun sportif lors de vos parties se cache dāĆ©normes enjeux Ć©conomiques. Par exemple, un joueur de Ligue 1 en 2021 touche 250 euros par an pour voir son avatar dans le cĆ©lĆØbre jeu Fifa 2021. Or cette somme semble dĆ©risoire au regard des revenus de ses footballeurs. Cāest pourquoi, 300 joueurs Ć travers le monde souhaitent nĆ©gocier diffĆ©remment leur droit dāimage afin de bĆ©nĆ©ficier de plus grand revenu grĆ¢ce Ć leur prĆ©sence dans ce jeu vidĆ©o. Ainsi, il convient dāapprĆ©hender la nĆ©gociation actuelle des droits dāimages des joueurs de football dans les jeux vidĆ©o (I) afin de comprendre pourquoi dans certain cas cette nĆ©gociation classique devient impossible (II).
I) Des négociations à la charge des syndicats de joueurs en général
Les footballeurs comme tout Ć chacun disposent de leur image, ils peuvent donc la commercialiser comme ils le veulent.
Cependant il existe, en sport, une exception Ć ce principe universel. Lorsque la promotion de leur club est en jeu, la gestion par les joueurs de leur image est amoindrie. En principe, au sein du contrat liant le joueur au club, une clause prĆ©voit que le joueur permet lāutilisation de son image par le club.
Cette notion abstraite sāillustre parfaitement en France. Les joueurs ayant un contrat avec un club franƧais peuvent voir leur droit Ć lāimage ĆŖtre gĆ©rĆ© par le syndicat national de joueurs du pays dans lequel ils Ć©voluent. Cāest-Ć -dire, par exemple, que si un footballeur professionnel Ć©voluant en France est adhĆ©rent Ć lāUNFP, qui est le syndicat national de joueurs en France, cāest ce syndicat qui aura pour mission de nĆ©gocier le droit Ć lāimage des joueurs professionnels adhĆ©rents.
Cette nĆ©gociation actuelle des droits Ć lāimage des footballeurs dans la licence FIFA de EA Sports sāillustre par lāarticle 280 de la charte de lāUNFP qui dispose que : Ā« LāĆ©dition, la reproduction ou lāutilisation de lāimage individuelle et collective des joueurs professionnels Ć©voluant en France et regroupant simultanĆ©ment plusieurs joueurs de plusieurs clubs ne pourront ĆŖtre rĆ©alisĆ©es quāavec lāaccord et au profit de lāUNFP. Ces rĆ©alisations pourront faire Ć©tat de symboles et marques des clubs dont les joueurs sont issus. Ā»
Le droit confĆ©rĆ© par lāarticle 280 de la charte de lāUNFP de disposer du droit Ć lāimage des joueurs en matiĆØre de reproduction dans les jeux vidĆ©o tel que FIFA est par la suite rĆ©trocĆ©der Ć la FIFPro. La FIFPro Ć©tant la FĆ©dĆ©ration internationale des associations de footballeurs professionnels, elle est donc en quelque sorte le syndicat mondial des footballeurs professionnels. Cāest-Ć -dire quāelle regroupe en son sein la quasi-totalitĆ© des syndicats nationaux de joueurs.
Ainsi, en Ć©tant membre dāun syndicat national de joueur vous ĆŖtes membre de la FIFPro.
Or cāest cela que dĆ©nonce Zlatan Ibrahimovic dans son tweet lorsquāil dit : Ā« Je ne suis pas, Ć ma connaissance, membre de la FIFPro et, si je le suis, j’y ai Ć©tĆ© inscrit Ć mon insu et au travers d’une manÅuvre bizarre Ā».
En effet, un joueur nāest pas obligĆ© dāĆŖtre membre du syndicat national de joueurs (sauf en Angleterre) comme il ne peut ĆŖtre obligĆ© dāĆŖtre membre de la FIFPro.
Cāest pourquoi Zlatan Ibrahimovic comme Gareth Bale, par exemple, souhaitent se dĆ©solidariser de la FIFPro afin de nĆ©gocier diffĆ©remment ou de nĆ©gocier eux-mĆŖmes ces droits dāimages relatif exploitĆ©s par la FIFA.
II) Les négociations dites « classique » rendus impossibles
Suite Ć ces dĆ©clarations et aux rĆ©actions quāelle a suscitĆ©e, la nĆ©gociation des droits Ć lāimage des joueurs de football pourrait Ć©voluer. LāintermĆ©diaire entre les joueurs et EA Sports pourrait ne plus ĆŖtre les syndicats nationaux ou la FIFPro mais directement les clubs comme cāest dĆ©jĆ le cas pour certaines Ć©quipes qui ont des partenariats avec Fifa.
En effet, EA Sports a dĆ©jĆ passĆ© des accords de partenariat ciblĆ©s avec de nombreux clubs europĆ©ens leur permettant de modĆ©liser dans le jeu des stades mais aussi des visages plus prĆ©cis pour les joueurs. Il serait donc possible que Fifa nĆ©gocie directement le prix de ces droits Ć lāimage des footballeurs avec leur club. Cette solution est envisageable puisquāelle est rĆ©alisable aussi bien sur le plan Ā« politique Ā» que sur le plan juridique.
Dāune part, sur lāaspect Ā« politique Ā» puisque Fifa ne peut pas nĆ©gocier individuellement les droits Ć lāimage de chaque joueur, en nĆ©gociant avec les clubs EA Sports auraient donc moins dāinterlocuteur. Mais aussi puisquāen nĆ©gociant directement avec les Ć©quipes, les revenus liĆ©s Ć lāexploitation de lāimage des joueurs seraient plus consĆ©quents et ainsi permettraient aux joueurs de gagner dāavantage dāargent pour figurer au sein du cĆ©lĆØbre jeu vidĆ©o.
Dāautre part, sur lāaspect du droit puisque comme expliquĆ© prĆ©cĆ©demment dans le contrat liant le joueur Ć son club une clause relative Ć lāutilisation de lāimage du joueur est intĆ©grĆ©e. Cette derniĆØre prĆ©voit que le joueur autorise expressĆ©ment lāutilisation de son image par le club en Ć©change, parfois, dāune rĆ©munĆ©ration.
En conclusion, suite Ć la protestation de nombreux acteurs du football europĆ©en la nĆ©gociation de lāimage des joueurs de football pour les jeux vidĆ©o pourrait changer. Les syndicats nāauraient plus leur voix au chapitre lors de ces nĆ©gociations. Ils laisseraient leur place aux clubs, ce qui aurait pour avantage de garantir des revenus plus consĆ©quents pour les joueurs.
Cependant ce ne serait pas le seul avantage, lāaccord des joueurs pour lāexploitation de leur image serait plus explicite puisquāil serait issu dāune clause prĆ©sente dans leur contrat.




