Participation des athlètes hyper-androgènes aux compétitions sportives

27 novembre 2021

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Camille AUSSANT

Retour sur plus de 10 ans de lutte acharnée au niveau juridique et scientifique pour les athlètes hyper-androgènes afin d’affirmer leur droit de participation à des compétitions sportives féminines.

Cette bataille s’illustre notamment avec l’athlète sud-africaine spécialiste du 800m, double championne olympique et triple championne du monde sur cette distance dont l’hyper-androgénie fait polémique, Caster Semenya.

Plus récemment, la Namibienne Christine Mboma, devenue 7ème meilleure performeuse de tous les temps sur 400m s’est vue interdire de concourir sur cette distance aux Jeux Olympiques de Tokyo cet été, en raison d’un taux de testostérone trop élevé.

L’androgénie se définit comme la production dans l’organisme d’hormones mâles comme par exemple la testostérone qui provoque le développement de caractères sexuels masculins. La testostérone est le principal facteur de l’écart de performance existant entre les hommes et les femmes, permettant ainsi de faire la différence sur le plan sportif entre les deux sexes. C’est aussi une hormone qui est parfois utilisée comme produit dopant afin d’améliorer les performances sportives.

I. Le Bras de fer entre la Fédération Internationale d’Athlétisme et les athlètes hyper-androgènes

Ce sujet a commencé à susciter l’attention de la Fédération Internationale d’athlétisme (IAAF) lors de la montée en puissance durant les mondiaux 2009 de la Sud-Africaine, Caster Semenya. Cette dernière, alors championne du monde du 800m cette même année à Berlin, a été soumise à des tests de féminité et avait été interdite de compétition durant 11 mois avant d’y être de nouveau autorisée.

Suite à cela, apparait en 2011, pour la première fois, un règlement de l’IAAF tendant à limiter la participation des athlètes hyper-androgènes à certaines disciplines d’athlétisme en prévoyant notamment un seuil de testostérone de 10n/mol/L.

Jugeant ce règlement discriminant, la sprinteuse, Dutee Chand, a saisi en 2015 le tribunal arbitral du sport (TAS) afin d’annuler le règlement. Cette saisine aboutit à la possibilité laissée à l’IAAF de justifier scientifiquement de la supériorité des athlètes hyper-androgènes dans un délai de deux ans.

Ainsi, deux ans après, en 2017, commandée par l’IAAF, la Revue médicale British Journal of Sport Medecine a publié une étude où elle indique que les femmes ayant le plus fort taux de testostérone ont de meilleures performances, dans certaines disciplines, que celles ayant un taux plus faible. A contrario, les performances de Semenya ont diminué lorsqu’on l’a obligée à prendre des hormones tendant à faire baisser son taux de testostérone.

Le 23 avril 2018, nouveau coup de massue pour les athlètes hyper-androgènes puisque le Conseil de l’IAAF approuve la publication d’un nouveau Règlement d’athlétisme qui interdit aux athlètes de sexe biologique féminin présentant un taux de testostérone sanguin naturellement élevé (supérieur à 5n/mol/L) de s’aligner sur les distances du 400 au 150m lors des compétitions internationales. Cela étant, le règlement précise également que ce seuil de 5n/mol/L peut être atteint par la prise d’un traitement hormonal.

La championne Caster Semenya tente alors d’obtenir l’annulation de la décision auprès du TAS, en vain, puisque le 1er mai 2019, ce dernier rend une sentence confirmant la légalité du règlement DSD de l’association internationale des fédérations d’athlétisme. Le TAS affirme notamment que ce règlement est discriminatoire mais que cette discrimination constitue « un moyen nécessaire, raisonnable et proportionné d’atteindre le but recherché par l’IAAF, à savoir de préserver l’intégrité de l’athlétisme féminin dans le cadre de certaines disciplines ».

II. Une polémique au-delà des enjeux sportifs

Ce règlement pose des difficultés sur les terrains de l’éthique, de la déontologie médicale et du droit de la santé. En effet, les jeunes femmes sont obligées de recourir à un traitement hormonal lourd pour pouvoir participer aux compétitions d’athlétisme. Elles font ainsi face à un dilemme cornélien qui est de subir un traitement lourd et invasif ou de perdre la capacité d’exercer leur passion et don de leur métier.

Autre difficulté, ce règlement semble contraire à plusieurs articles de la Convention Européenne des Droits de l’Homme, à commencer par l’article 8 qui prévoit le droit au respect de la vie privée. En considérant que Caster Semenya dispose des mêmes caractéristiques physiques qu’un homme, en raison de son taux de testostérone élevé, on impose ainsi une image bien définie de la femme et on remet en cause la féminité de l’athlète, qui se doit de prendre un traitement hormonal pour pouvoir concourir avec les femmes.

L’article 14 du principe de non-discrimination semble également être bafoué puisque les athlètes disposant naturellement d’un taux de testostérone supérieur à la limitation imposée par le règlement ne pourront pas concourir avec les autres femmes de la même discipline. Cela illustre un décalage avec l’essence même du sport qui est de récompenser les meilleurs athlètes par leurs aptitudes innées et travaillées, surtout que dans ces différents cas, le taux de testostérone élevé de ces athlètes n’est nullement dû au fruit d’une action dopante.

Les enjeux éthiques du sport priment ainsi sur les enjeux individuels de l’athlète. Ce constat étant fait, peut-être pouvons-nous prévoir à l’avenir une saisine de la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour violation de ces grands articles afin de mettre l’accent sur les intérêts individuels de l’athlète.

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Par Camille AUSSANT

Etudiante en Master 2 Droit du Sport à l'Université de Lille - Responsable administratif, juridique et financier en alternance chez Impact Oval

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