Mr. Robot : Elliot Alderson est-il un black hat hacker ou un hacktivist ?
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23 avril 2021

Mr. Robot : Elliot Alderson est-il un black hat hacker ou un hacktivist ?

Afin de ne pas dĆ©voiler l’intrigue de la sĆ©rie, l’article se basera uniquement sur le premier Ć©pisode de la sĆ©rie.« J’ai tout. Tous vos e-mails. Tous vos fichiers. Toutes vos images. […] La police ? Pour lui montrer les 100 tĆ©raoctets d’images pĆ©dophiles que vous fournissez Ć  vos 400 000 utilisateurs ?Ā […]Ā Ā». Les premiĆØres minutes de la sĆ©rie Mr. Robot sont poignantes. Elliot Alderson, jeune ingĆ©nieur en sĆ©curitĆ© informatique chez AllSafe rĆ©ussit Ć  faire tomber le gĆ©rant d’un site de pornographie enfantine. Le pĆ©docriminel lui propose une somme d’argent en Ć©change de son silence. Elliot rĆ©plique : « C’est lĆ  que vous vous trompez, Rohit. L’argent, je m’en fousĀ Ā».Ā Bien qu’Elliot se considĆØre comme un cyber-justicier, ses mĆ©thodes le caractĆ©risent comme un blackhat hacker, un hacker utilisant ses compĆ©tences en informatique pour nuire Ć  autrui. Cependant, le jeune ingĆ©nieur aspire Ć  d’autres ambitions : renverser le conglomĆ©rat qu’il appelle « Evil CorpĀ Ā» pour que la sociĆ©tĆ© toute entiĆØre n’y soit plus assujettie. Elliot Alderson, ne serait-il donc pas un hacktivist ?

I. Changement de nom … et de domaine : de hacker Ć©thique Ć  blackhat hacker

Admettons qu’Elliott soit de nationalitĆ© franƧaise et exerce ses fonctions dans une entreprise de cybersĆ©curitĆ© franƧaise, que pourrait-on juridiquement lui reprocher ? 

Le mĆ©tier officiel d’Elliott implique de rechercher des potentielles failles de sĆ©curitĆ© et de les rapporter Ć  l’entreprise. Elliott est donc un hacker Ć©thique. La lĆ©gislation franƧaise offre une protection aux hackers Ć©thiques. Par exemple, l’article L.2321-4 du Code de la DĆ©fense prĆ©voit que les hackers Ā« de bonne foi Ā» qui transmettent des informations sur une potentielle vulnĆ©rabilitĆ© d’un systĆØme d’information Ć  une autoritĆ© compĆ©tente (dans ce cas, l’ANSSI), ne peuvent ĆŖtre pĆ©nalement poursuivis. 

Dans le premier Ć©pisode, la sociĆ©tĆ© Allsafe subit une attaque R.U.D.Y (comprendre Ā« R U Dead Yet Ā»), type d’attaque en dĆ©ni de service (auxquelles sont souvent sujettes les entreprises pendant la crise sanitaire ). L’attaque R.U.D.Y consiste Ć  rĆ©unir le plus de connexions possibles Ć  un site Web ou Ć  un service pour en limiter la disponibilitĆ©. La cyberattaque contenait Ć©galement un rootkit, un programme malveillant qui s’enracine dans un systĆØme d’information. Une fois activĆ©, peuvent lire des fichiers, envoyer des donnĆ©es…le hacker a donc accĆØs Ć  distance au systĆØme d’information. Qu’encourt l’auteur d’une attaque R.U.D.Y ? Incluse au sein du Code pĆ©nal, la loi Godfrain du 5 janvier 1988 relative Ć  la fraude informatique, au piratage et aux atteintes aux systĆØmes d’information de traitement automatisĆ© de donnĆ©es, qualifie d’infraction, l’accĆØs ou le maintien de maniĆØre frauduleuse dans une systĆØme d’information. Le hacker s’expose alors Ć  une peine de deux ans emprisonnement et de 60 000 euros d’amende

AprĆØs avoir mis tout le systĆØme de l’entreprise hors-ligne, Elliott entame le nettoyage des serveurs infectĆ©s sous l’oeil attentif et anxieux de son employeur. Le systĆØme est relancĆ©, l’employeur quitte le data center, satisfait. Elliott, lui, reste dans le data center….reconfigure le systĆØme pour rĆ©activer le rootkit. Ā« Personne ne le saura Ā» – lance-t-il. Elliott devient alors un blackhat hacker et s’expose donc aux infractions expliquĆ©es plus haut.

II. Navigation entre blackhat hacker & hacktivist

Ā« Et si tu pouvais faire tomber un conglomĆ©rat ? — […] Si on frappe leur data center, on peut formater tous les serveurs dont celui de secours. Ƈa effacerait toutes nos dettes envers eux Ā». On comprend plus tard dans l’épisode que le maintien frauduleux dans le systĆØme d’information d’Allsafe Ć©tait volontaire. On apprend alors qu’Elliott fait partie d’un groupe de hacktivits projetant d’anĆ©antir le conglomĆ©rat Evil Corp, accusĆ© d’être responsable de la mort de plusieurs anciens employĆ©s, dont le pĆØre d’Elliott. C’est avec ses convictions politiques et sociales qu’Elliott va mettre Ć  profit ses connaissances en informatique pour dĆ©truire Evil Corp. 

Bien que beaucoup pourraient affirmer qu’Elliott soit un hacktivist et que ses activitĆ©s soient louables, la loi franƧaise n’est pas de cet avis. En effet, les mĆ©thodes employĆ©es par un hacktivist sont frauduleuses et pĆ©nalement rĆ©prĆ©hensibles. Elliott pourrait ĆŖtre poursuivi pour entrave au fonctionnement d’un systĆØme de traitement automatisĆ© de donnĆ©es en bande organisĆ©e, toujours au regard de la loi Godfrain. Les juridictions franƧaises ont dĆ©jĆ  eu l’occasion de condamner des militants du mouvement Anonymous pour ce type d’infractions (cf. T. corr. Nancy, 23 nov. 2015).

On voit bien qu’en terme de cybercriminalitĆ©, la fiction rattrape rapidement la rĆ©alitĆ©. Le pilote de la sĆ©rie Mr. Robot retranscrit de maniĆØre juste les problĆ©matiques touchant aux blackhat hackers et aux hacktivists, sans tomber dans le sensationnel. Une excellente maniĆØre de sensibiliser les adeptes de sĆ©ries Ć  la cybersĆ©curitĆ© et Ć  la cybercriminalitĆ©.

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