Afin de ne pas dĆ©voiler lāintrigue de la sĆ©rie, lāarticle se basera uniquement sur le premier Ć©pisode de la sĆ©rie.« Jāai tout. Tous vos e-mails. Tous vos fichiers. Toutes vos images. [ā¦] La police ? Pour lui montrer les 100 tĆ©raoctets dāimages pĆ©dophiles que vous fournissez Ć vos 400 000 utilisateurs ?Ā [ā¦]Ā Ā». Les premiĆØres minutes de la sĆ©rie Mr. Robot sont poignantes. Elliot Alderson, jeune ingĆ©nieur en sĆ©curitĆ© informatique chez AllSafe rĆ©ussit Ć faire tomber le gĆ©rant dāun site de pornographie enfantine. Le pĆ©docriminel lui propose une somme dāargent en Ć©change de son silence. Elliot rĆ©plique : « Cāest lĆ que vous vous trompez, Rohit. Lāargent, je māen fousĀ Ā».Ā Bien quāElliot se considĆØre comme un cyber-justicier, ses mĆ©thodes le caractĆ©risent comme un blackhat hacker, un hacker utilisant ses compĆ©tences en informatique pour nuire Ć autrui. Cependant, le jeune ingĆ©nieur aspire Ć dāautres ambitions : renverser le conglomĆ©rat quāil appelle « Evil CorpĀ Ā» pour que la sociĆ©tĆ© toute entiĆØre nāy soit plus assujettie. Elliot Alderson, ne serait-il donc pas un hacktivist ?
I. Changement de nom ⦠et de domaine : de hacker éthique à blackhat hacker
Admettons quāElliott soit de nationalitĆ© franƧaise et exerce ses fonctions dans une entreprise de cybersĆ©curitĆ© franƧaise, que pourrait-on juridiquement lui reprocher ?
Le mĆ©tier officiel dāElliott implique de rechercher des potentielles failles de sĆ©curitĆ© et de les rapporter Ć lāentreprise. Elliott est donc un hacker Ć©thique. La lĆ©gislation franƧaise offre une protection aux hackers Ć©thiques. Par exemple, lāarticle L.2321-4 du Code de la DĆ©fense prĆ©voit que les hackers Ā« de bonne foi Ā» qui transmettent des informations sur une potentielle vulnĆ©rabilitĆ© dāun systĆØme dāinformation Ć une autoritĆ© compĆ©tente (dans ce cas, lāANSSI), ne peuvent ĆŖtre pĆ©nalement poursuivis.
Dans le premier Ć©pisode, la sociĆ©tĆ© Allsafe subit une attaque R.U.D.Y (comprendre Ā« R U Dead Yet Ā»), type dāattaque en dĆ©ni de service (auxquelles sont souvent sujettes les entreprises pendant la crise sanitaire ). Lāattaque R.U.D.Y consiste Ć rĆ©unir le plus de connexions possibles Ć un site Web ou Ć un service pour en limiter la disponibilitĆ©. La cyberattaque contenait Ć©galement un rootkit, un programme malveillant qui sāenracine dans un systĆØme dāinformation. Une fois activĆ©, peuvent lire des fichiers, envoyer des donnĆ©esā¦le hacker a donc accĆØs Ć distance au systĆØme dāinformation. Quāencourt lāauteur dāune attaque R.U.D.Y ? Incluse au sein du Code pĆ©nal, la loi Godfrain du 5 janvier 1988 relative Ć la fraude informatique, au piratage et aux atteintes aux systĆØmes dāinformation de traitement automatisĆ© de donnĆ©es, qualifie dāinfraction, lāaccĆØs ou le maintien de maniĆØre frauduleuse dans une systĆØme dāinformation. Le hacker sāexpose alors Ć une peine de deux ans emprisonnement et de 60 000 euros dāamende.
AprĆØs avoir mis tout le systĆØme de lāentreprise hors-ligne, Elliott entame le nettoyage des serveurs infectĆ©s sous lāoeil attentif et anxieux de son employeur. Le systĆØme est relancĆ©, lāemployeur quitte le data center, satisfait. Elliott, lui, reste dans le data centerā¦.reconfigure le systĆØme pour rĆ©activer le rootkit. Ā« Personne ne le saura Ā» – lance-t-il. Elliott devient alors un blackhat hacker et sāexpose donc aux infractions expliquĆ©es plus haut.
II. Navigation entre blackhat hacker & hacktivist
Ā« Et si tu pouvais faire tomber un conglomĆ©rat ? ā [ā¦] Si on frappe leur data center, on peut formater tous les serveurs dont celui de secours. Ća effacerait toutes nos dettes envers eux Ā». On comprend plus tard dans lāĆ©pisode que le maintien frauduleux dans le systĆØme dāinformation dāAllsafe Ć©tait volontaire. On apprend alors quāElliott fait partie dāun groupe de hacktivits projetant dāanĆ©antir le conglomĆ©rat Evil Corp, accusĆ© dāĆŖtre responsable de la mort de plusieurs anciens employĆ©s, dont le pĆØre dāElliott. Cāest avec ses convictions politiques et sociales quāElliott va mettre Ć profit ses connaissances en informatique pour dĆ©truire Evil Corp.
Bien que beaucoup pourraient affirmer quāElliott soit un hacktivist et que ses activitĆ©s soient louables, la loi franƧaise nāest pas de cet avis. En effet, les mĆ©thodes employĆ©es par un hacktivist sont frauduleuses et pĆ©nalement rĆ©prĆ©hensibles. Elliott pourrait ĆŖtre poursuivi pour entrave au fonctionnement dāun systĆØme de traitement automatisĆ© de donnĆ©es en bande organisĆ©e, toujours au regard de la loi Godfrain. Les juridictions franƧaises ont dĆ©jĆ eu l’occasion de condamner des militants du mouvement Anonymous pour ce type dāinfractions (cf. T. corr. Nancy, 23 nov. 2015).
On voit bien quāen terme de cybercriminalitĆ©, la fiction rattrape rapidement la rĆ©alitĆ©. Le pilote de la sĆ©rie Mr. Robot retranscrit de maniĆØre juste les problĆ©matiques touchant aux blackhat hackers et aux hacktivists, sans tomber dans le sensationnel. Une excellente maniĆØre de sensibiliser les adeptes de sĆ©ries Ć la cybersĆ©curitĆ© et Ć la cybercriminalitĆ©.



