Louboutin et semelles rouges : bataille juridique pour la protection un monopole ? (Partie 2)
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13 aoƻt 2021

Louboutin et semelles rouges : bataille juridique pour la protection un monopole ? (Partie 2)

Ā« On voit les choses diffĆ©remment sur des talons. Ā» Christian Louboutin

CĆ©lĆØbre pour ces inimitables chaussures aux semelles rouges, le crĆ©ateur Christian Louboutin ne cesse vouloir protĆ©ger cette fameuse couleur, qu’il souhaiterait voir rattachĆ©e uniquement Ć  sa marque en tant telle. Les pas de C.Louboutin ne s’arrĆŖtent pas aux prĆ©toires parisiens, sa route se poursuit au-delĆ  de nos frontiĆØres. Nous le retrouvons aux quatre coins du globe. 

I – Une affaire Louboutin au coeur de l’Europe

EN 2011, Christian Louboutin, titulaire de la marque Louboutin dĆ©cide de former un recours devant l’EUIPO. Ce recours concerne la dĆ©cision de rejet de l’enregistrement de sa marque communautaire de la nuance Pantone 18-1663TP. 

L’Office europĆ©en dĆ©cide de faire droit Ć  ce recours. Toutefois il vient poser des limites au champ de validitĆ© de la marque. Ne pourront ĆŖtre visĆ©es par cette derniĆØre que les chaussures Ć  talons hauts, prĆ©sentes en classe 25. En l’espĆØce, c’est bien le caractĆØre distinctif de la marque qui Ć©tait portĆ© Ć  l’Ć©tude. Le rĆ©quĆ©rant (La sociĆ©tĆ© Loubontin ainsi que son crĆ©ateur) ont fourni des documents permettant de dĆ©monter que la couleur rouge si spĆ©cifique Ć  Louboutin Ć©tait perƧue par les consommateurs comme un indicateur d’origine des fameux talons Louboutin. La distinctivitĆ© de la marque s’est donc acquise par l’usage.

Toujours du cĆ“tĆ© europĆ©en, mais cette fois-ci  concernant une affaire qui a eu lieu au Pays-Bas, C. Louboutin a fait enregistrer sa marque au Benelux. Elle consiste une nouvelle fois en une couleur appliquĆ©e sur une semelle. La couleur rouge est dĆ©crite avec le code Pantone 18-1663TP. C. Louboutin vient d’écrire la marque comme constituĆ©e de cette nuance appliquĆ©e sur la semelle d’une chaussure. De plus il n’oublie pas de mentionner que le contour de la chaussure ne fait pas partie de la marque . Ce contour ne permet uniquement de citer l’emplacement de la couleur sur l’objet. 

L’Ć©lĆ©ment dĆ©clencheur de l’affaire est la commercialisation aux Pays-Bas, d’une paire de chaussures Ć  hauts talons par la SociĆ©tĆ© Van Haren. Afin de mettre un terme Ć  cette contrefaƧon, et de sanctionner la sociĆ©tĆ© Van Haren, la sociĆ©tĆ© Christian Louboutin et lui-mĆŖme dĆ©dient d’ester en justice Ć  l’égard de la sociĆ©tĆ© nĆ©erlandaise. Cette derniĆØre dĆ©cide de prendre comme argument principal : la nullitĆ© d’une telle marque pour non-conformitĆ© Ć  la Directive 2008/95/CE tendant Ć  rapprocher les lĆ©gislations nationales sur les marques. Cette directive dĆ©termine, qu’un signe ne peut pas ĆŖtre protĆ©gĆ© Ć  titre de marque si ce dernier est fondĆ© uniquement par la forme. Cette forme offrant une valeur substantielle au produit. 

Les juges nĆ©erlandais de saisir la juridiction europƩƩnne afin de lui poser une question prĆ©judicielle. Selon la directive citĆ©e prĆ©cĆ©demment, Ā« la ā€˜forme’ du droit des marques peut-elle ĆŖtre Ć©tendue aux caractĆ©ristiques du produit qui ne sont pas tridimensionnelles telles que la couleur ? Ā»  Le 12 juin 2018, le juge europĆ©en rĆ©pond Ć  cette question. Il n’est pas possible de considĆ©rer que la couleur constitue une forme au sens de la Directive. De plus, il ajoute que la marque litigieuse ne visait pas une forme en particulier. En effet, lors de l’enregistrement de la marque, C. Louboutin titulaire de cette derniĆØre a dĆ©fini que les contours de la chaussure ne faisaient pas partie de la marque. Ces derniers ne permettaient que d’indiquer où la couleur rouge dĆ©butĆ©e et terminĆ©e.

II – Une affaire outre-Atlantique 

Les affaires de Christian Louboutin dĆ©passent les frontiĆØres de l’Europe, la cĆ©lĆ©britĆ© de la marque Ć©tant mondiale. Aux Etats-Unis, Christian Louboutin Ć  la tĆŖte de sa sociĆ©tĆ© Louboutin dĆ©cide d’intenter une action pour contrefaƧon l’encontre de la sociĆ©tĆ© Yves Saint Laurent. Cette derniĆØre avait en effet commercialisĆ© des chaussures de couleur rouge.

ƀ New-York, le 17 octobre 2011 la District Court dĆ©cide de refuser la validitĆ© de la marque de la SociĆ©tĆ© Louboutin. L’action de la sociĆ©tĆ© est rejetĆ©e. La District Court prend appui sur une jurisprudence antĆ©rieure, Ć  savoir la dĆ©cision Qualitex rendue par la Cour SuprĆŖme. La dĆ©cision retenait qu’il n’était pas possible pour une couleur singuliĆØre d’être protĆ©gĆ©e comme marque, si cette derniĆØre est Ā« essentielle Ć  l’usage ou Ć  l’objet du produit Ā». La dĆ©cision a fait l’objet d’un appel. Ainsi La cour d’appel fĆ©dĆ©rale des Etats-Unis a une nouvelle fois rejetĆ© l’action, mais a pu estimer que la marque Ć©tait valable, sous conditions. Il est nĆ©cessaire pour cette derniĆØre d’acquĆ©rir un caractĆØre distinctif par l’usage de la couleur. La distinction par l’usage doit permettre Ć  la marque de se diffĆ©rencier des produits ou services proposĆ©s par les concurrents. Toutefois, le caractĆØre distinctif du rouge louboutin n’avait pas encore Ć©tĆ© reconnu comme distinctif aux yeux des consommateurs amĆ©ricains, et ne permettait pas de la distinguer de ses concurrents. Aujourd’hui, l’utilisation de la couleur rouge Ć  cet emplacement prĆ©cis permettent Ć  tous de faire le lien entre la paire de chaussures, et l’origine de cette derniĆØre : Ć  savoir la cĆ©lĆØbre maison de couture Louboutin. Les juges amĆ©ricains ont finalement pu constater que la marque de C.Louboutin avait acquis un caractĆØre distinctif par l’usage. Cet usage permettait aujourd’hui d’identifier la marque Louboutin trĆØs aisĆ©ment.

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