Identité de genre dans le monde du sport

juillet 31, 2021
Identité de genre dans le monde du sport

« Tout ce que nous voulons, c’est être autorisé une fois pour toutes à courir librement, comme les femmes fortes et courageuses que nous sommes et avons toujours été »Caster Semenya

Si l’égalité d’accès au sport est en bonne voie, certains freins subsistent. L’identité de genre en relève de nombreuses questions, en droit comme dans le sport.

Identité de genre : Genre auquel une personne s’identifie. Il s’agit d’un rapport intime et d’une expérience individuelle qui peut être en adéquation avec le sexe assigné à la naissance (la personne sera dite cisgenre) ou non (la personne sera dite transgenre). Cette identité peut fluctuer au cours de la vie de l’individu et n’est pas à confondre avec l’expression de genre ou encore le sexe biologique. Pour plus d’informations, voir cet article d’Amnesty International.

I. Le test de féminité : révélateur d’un traitement asymétrique ou recherche d’équité ?

L’historique du test de féminité 

Si l’histoire débute par une interdiction de nombreux sports pour les femmes, cette dernière fut renversée. L’accès au sport ne connaitra plus que, partiellement, la barrière des genres. 

Les années 30 sont marquées par un procès, celui de la « virilisation ». « Des femmes trop musclées », « trop carrées », ou « à la pilosité jugée trop abondante », pléthore de considérations esthétiques renvoyant à des jugements sociaux qui débouchèrent sur une question mise en exergue par Anaïs BOHUON : « Comment différencier « les vraies femmes » des autres femmes ? » À cette époque, des hommes étaient soupçonnés de participer aux compétitions dites « de femmes », et notamment aux compétitions d’athlétisme. Dans le cadre de la lutte contre cette fraude, le Comité de la fédération internationale d’athlétisme (IAAF) organise dès l’année 1966 un test de féminité. Ce contrôle gynécologique puis morphologique permettait d’obtenir un « certificat de féminité » valable à vie. Des femmes se sont alors vivement opposées à ces « parades nues ». Le contrôle fut alors remplacé par le test du corpuscule de Barr, recherche du deuxième X, puis le test PCR/SRY… Procéder à un test de féminité n’est pas sans complexité. En effet, une partie des êtres humains voit le jour « intersexuée ». Ils ne peuvent donc pas être considérés comme pleinement homme ou femme (biologiquement parlant). 

Cette succession de tests de féminité qui se suivent et ne se ressemblent pas est marquée par une problématique : il est complexe, voire illusoire de vouloir définir la « vraie femme ». À l’occasion des JO de Sydney, le Comité international olympique (CIO) avait décidé de supprimer ces tests.

Le procès de l’hyperandrogénie dans le sport

La suppression du test de féminité n’est que partielle. En effet, les organes directeurs du CIO et du Wolrd Athletics (Fédération internationale d’athlétisme amateur) se réservent le droit de réaliser des tests sur des femmes considérées comme « suspectes »

Les athlètes Caster Semenya et Dutee Chand ont successivement fait les frais du test de féminité dit « d’hyperandrogénie ». L’hyperandrogénie se définit par un excès d’androgènes circulants dans le sang. Les androgènes sont des hormones masculines souvent représentées par la testostérone. 

À l’origine, le test fixe à 10 nanomoles la quantité de testostérone naturelle qu’une femme peut posséder pour rester qualifiée. En 2018, le World Athletics décida d’imposer dans un nouveau règlement sur l’hyperandrogénie un nouveau seuil de 5 nanomoles de testostérone naturelle pour les cinq épreuves dans lesquelles Caster Semenya courut. Cette dernière fut donc rapidement suspendue. Bien décidée à ne pas se laisser faire, elle forma un recours devant le Tribunal arbitral du sport invoquant que ses droits fondamentaux furent violés. 

Elle remet en question le règlement susmentionné qui avait alors pour objectif affiché de préserver l’équité de la compétition féminine. Caster Semenya elle, demandait à être respectée et considérée comme toutes les athlètes. Son don génétique devant alors être célébré plus que sanctionné. Caster Semenya décide également de rappeler avec preuve à l’appui que les conséquences de ce test sont sans appel. Des femmes abandonnent leur sport, d’autres se voient soustraire leurs moyens de subsistances, ou encore se sentent contraires à subir une intervention chirurgicale ou médicale. Si Caster Semenya n’a pas eu gain de cause face au TAS, ce dernier a reconnu que le nouveau règlement était discriminatoire. Toutefois, il ajoute que c’est un moyen « nécessaire, raisonnable et proportionné d’atteindre le but recherché par l’IAAF, à savoir de préserver l’intégrité de l’athlétisme féminin dans le cadre de certaines disciplines. »

Cette décision empêche la double championne olympique de participer cette année au 800 mètres des Jeux de Tokyo.

II. L’épineuse question de la transidentité dans le sport

L’existence de tels tests de féminité interrogent aussi sur le traitement réservé aux personnes transgenres dans le milieu sportif. En effet, comme nous avons pu le constater, le sport semble être empreint de nombreux stéréotypes de genre basés notamment sur le taux de testostérone des athlètes. La  non-mixité est la règle dans de nombreuses pratiques sportives. On ne mélange pas les filles et les garçons. Ce principe semble toutefois être remis en cause lorsqu’il est question d’athlètes hyperandrogènes ou transgenres. La controverse autour de la qualification aux JO 2020 de Tokyo de l’haltérophile néo-zélandaise Laurel Hubbard, première femme trans a participé aux Jeux Olympiques, illustre cette différence de traitement entre les athlètes cisgenres et transgenres. Les principaux arguments motivant l’exclusion des personnes trans dans certaines disciplines sportives sont la sécurité et l’équité sportive. Ce raisonnement est notamment adopté par la fédération internationale de rugby, World Rugby, qui a préconisé en octobre 2020 que les athlètes femmes transgenres ne disputent pas ses compétitions internationales féminines. Notons que la Fédération française de rugby n’a pas suivi ces recommandations et s’est récemment illustrée en devenant la première fédération hexagonale à inclure les personnes transgenres, sans distinction, dans son règlement. Il faut néanmoins que l’athlète trans ait initié un changement d’état civil et suive un traitement hormonal depuis au moins 12 mois. 

En droit français, la procédure de changement de la mention du sexe à l’état civil n’est plus médicalisée. En effet, dans l’article 61-5 du Code civil il est indiqué que toute personne qui « démontre une réunion suffisante de faits que la mention relative à son sexe dans les actes de l’état civil ne correspond pas à celui dans lequel elle se présente et dans lequel elle est connue peut en obtenir la modification ». Ainsi, la personne qui « se présente publiquement comme appartenant au sexe revendiqué » ou encore celle qui est « connue sous le sexe revendiqué de son entourage familial, amical ou professionnel » peut prétendre à un changement de sexe à l’état civil. Le sexe biologique est donc indépendant de l’identité de genre. La Cour européenne des droits de l’homme a quant à elle estimé dans un arrêt du 6 avril 2017 que « l’obligation de subir une opération stérilisante ou un traitement entraînant une très forte probabilité de stérilité pour changer la mention du sexe à l’état civil viole le droit au respect de la vie privée » garanti par l’article 8 de la CEDH.

En sport comme en droit, l’identité de genre soulève de nombreuses questions. Celles-ci annoncent peut-être qu’il est temps de réfléchir collectivement à une société moins marquée par la bicatégorisation par sexe afin de prendre en considération l’ensemble des expériences individuelles d’identité de genre. Par conséquent, la recherche de la performance sportive ne doit pas être un prétexte pour stigmatiser les athlètes transgenres, intersexes ou encore hyperandrogènes. 

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